Discontinu
Tord et contre-tord : le trickster (depuis Lyotard, Le Différend)

Aujourd’hui haine du plaignant et la victime. Culte et révérence du “régime de phrase” de l’autre camp.

Comment établir sa vérité dans un régime de phrase qui n’est pas le sien, à l’égard duquel on est victime - soit l’impossibilité de prouver le tord subi et même d’exprimer le litige.

C’est ce renversement, ce coup de force, qui importe aujourd’hui. Il suffirait d’en saisir les formes, de se les approprier, pour dire ce que l’on veut. Simple mimétisme : l’important est ceci : en face on ne peut (pourra) rien dire.

Le tord causé au dominant est qu’il ne pourra pas se plaindre (du travestissement de la victime) sans dénoncer sa propre domination, c’est-à-dire le tord causé à la victime, et lui donnant par là raison.

Le mécanisme de non-reconnaissance de la victime, le tord, est utilisé pour retourner le problème. C’est en causant un tord qu’on subit un tord - et pour qui l’a subit en premier, c’est le seul moyen d’en sortir (“oeil pour oeil dent pour dent” réactualisé).

Au lieu de ça, les victimes tendent à s’identifier à leur statut, à leur place, à rester dans leur tord - dont la définition est de ne pouvoir être prouvé, donc de ne pas exister. Les victimes, autrement dit, s’enferrent dans une existence non-reconnue et non-reconnaissable : une non-existence - d’où Dieu, grand juge extra-mondain reconnaissant les tords.

Il s’agit de parvenir à dire ce que l’on veut. Les victimes tendent à n’avoir même plus de volonté : les “faibles” de Nietzsche, le “dernier homme”. La volonté consiste à être capable de jouer le jeu : il vaut mieux jouer le jeu, qui n’est pas celui de l’un ou de l’autre, mais est partagé : ne concerne pas le mécanisme du tord premier en particulier, mais celui du tord en général, du tord et contre-tord. C’est ce que fait le trickster.

  1. discontinu a publié ce billet